Affiche Reine Morte
 
La Reine Morte ? Montherlant ? Pourquoi pas....
 
         
   L’idée de monter La Reine Morte s’est imposée à nous naturellement et imperceptiblement, alors que nous étions encore en train de tourner avec Arlequin, valet de deux maîtres, de Goldoni, l’année dernière.

   Plus exactement, c’est l’idée de changer de registre et de tenter de faire accepter un drame à notre public qui est à l’origine de cette création. En effet, depuis la création de la compagnie (il y a maintenant quinze ans…), nous avons exploré le maximum de formes comiques, du plus classique au plus contemporain.

                                                                            Mais de drame : point !

Et pour cause… Partout nous entendions : « Le public a envie de rire ! »
Oui, c’est vrai ! Mais bien malin ou bien prétentieux qui peut dire ce dont le public a envie ! De plus, et selon le vieux principe aristotélicien, le spectacle de la souffrance de l’autre, mis en scène et dirigé, ne nous soulage-t-il pas en nous renvoyant une image fidèle et sensible du monde ?

Nous avions dès lors décidé de monter le texte d’Henri de Montherlant.
                        Pour vivre de nouvelles expériences de plateau.
                        Pour expérimenter de nouvelles formes et une matière neuve.
                        Pour nous confronter à la difficulté d’un texte tragique.
                        Pour entendre, dire et faire entendre la musique limpide de la  langue de Montherlant.
                        Pour apporter à notre public l’un des grands textes du théâtre français contemporain.
                        Pour lui faire voir une nouvelle face, méconnue, de notre travail et de notre théâtre.
                        Pour porter, enfin, ce théâtre-là dans des lieux où on ne l’attend pas.

    Car cette création confirme et prolonge la philosophie, l’objectif et l’engagement des Menteurs d’Arlequin : faire vivre le théâtre là où il ne se développe que peu : dans nos villages, nos petites villes, ou nos grandes. 

 
Que raconte La Reine Morte ?


          Le sujet est empruntPhoto affiche reine morteé à l’histoire du Portugal : en 1355, Inès de Castro, épouse secrète de l’Infant du Portugal, fut assassinée sur l’ordre de son beau-père, le roi Ferrante.
 

          Lorsque débute « La Reine Morte », le vieux roi Ferrante est las : de son trône, de son peuple, de son fils. Pourtant avant de mourir, il veut mettre en ordre les affaires de son royaume et il fait venir en grande pompe la toute jeune Infante de Navarre pour qu’elle épouse son fils. Pedro repousse cette idée de mariage avec l’Infante et bientôt le roi apprend la raison de ce refus : Pedro s’est secrètement marié avec Inès de Castro, bâtarde, issue néanmoins d’une famille de l’aristocratie. Le pape refuse l’annulation du mariage et le roi apprend qu’Inès attend un enfant de Pedro. Il la fait exécuter et meurt lui-même tout de suite après.

         L’intrigue en vérité peut sembler peu originale : l’amour contrarié par la Raison d’Etat : ce sujet a été maintes fois traité.
 

         Mais Montherlant en fait un chef d’œuvre. Il construit la pièce sur une longue interrogation, une menace qui grandit à chaque acte, un suspense haletant qu’un seul personnage peut dénouer : le roi Ferrante a tout pouvoir sur le destin d’Inès de Castro et sur celui de tous les protagonistes.

          Or, ce roi tout puissant, est « inconsistant, incohérent, indécis, de mauvaise foi, vaniteux et surtout faible ». Imprévisible, donc redoutablement dangereux. 
          Il fait assassiner Inès, dit-il, « pour préserver la pureté de la succession au trône ». Mais, il ne croit plus au trône, ni à sa mission de roi, ni à la raison d’Etat. Il n’a que mépris pour tous ceux qui l’entourent en particulier pour son fils auquel il reproche « de ne pas respirer à la hauteur où il respire ». Seule l’Infante échappe à ce mépris, mais pour des raisons politiques et peut-être parce qu’elle ressemble beaucoup au souverain. On veut croire un moment que celui-ci éprouve une sorte de tendresse pour Inès, si pure, si courageuse, mais il déteste sa naïveté et l’espérance qu’elle porte en elle. Quand elle lui révèle qu’elle attend un enfant, sa fureur éclate : un enfant, c’est l’avenir et le vieil homme désabusé, trahi par un corps usé, étranger à toute forme d’amour, de tendresse, de sensualité, à bout de course, ne veut pas entendre parler d’avenir.
 
« La tragédie est celle d’un homme absent de lui-même qui ne croit plus en ce qu’il fait » écrit l’auteur.
 
          Alors, dans un ultime sursaut d’orgueil, il tue. Pour montrer qu’il n’était pas le faible que chacun insinuait. Il tue par sadisme après avoir joué au chat et à la souris avec Inès. Il tue par haine de la vie.
Ironie cruelle : au moment de mourir, il fait un acte de confiance en Dino del Moro, le page, qui l’a toujours trompé et va le trom
Tombeau d`Inesper encore en abandonnant son cadavre.
 
         La puissance tragique de la pièce est bouleversante. Elle tire sa force de la pureté qui l’imprègne. Les personnages sont dessinés d’un trait net et vigoureux. Dès les premières répliques, ils s’imposent au spectateur avec une densité et un relief puissants. Pureté aussi de la langue : directe, qui va droit à l’intelligence et au cœur, sans détours, ni maniérisme et pourtant tellement poétique !
        Subtilement musicale dans les variations de ses rythmes et de ses sonorités. Un langage « simple », oui, si l’on admet que la simplicité est l’élégance suprême.






 
Affiche Reine MorteLa Reine Morte
 
de Henri de Montherlant


Mise en scène :Jacqueline Henry-Leloup

 
Régie lumière :Claire Michoux
Régie Son :Chantal Gille Urvoy
 Costumes :Arlette Sulmoni
Décor et Accessoires :René Collette
 
Administration :Elise Vermot-Desroches & Amandine Robbe
 
Avec Paoline Angioni, Joris Charbonnier,Milétine Schneuwly, Corinne Debiesse, Brigitte Frésic, Julien Lopez, Julian Lallemand,Thomas Personeni, Norbert Kneubühler, Thibault Georges, Davy Barrios, Luce Kneubühler, Sara Debiesse, Lucas Angioni.
 
 


 


« Avoir écrit La Reine Morte suffit à justifier une vie. »
Maurice Maeterlinck
 
          La splendeur du texte de La Reine Morte nous est apparue d’abord comme un support à la fois puissamment présent et hors d’atteinte. Mais bientôt, s’est imposée comme une évidence, l’idée qu’un tel langage dramatique ne pouvait que susciter un langage scénique, sans ajouts explicatifs, rigoureusement sobre, épuré.

          Foin des « re-lectures », « des interprétations historico – psycholo – philosophico – psychanalytiques, des recherches fébriles de sous-textes et de hors textes. »

 
Un abandon.

          A la musique des mots, aux rythmes des phrases, aux silences, les silences si lourds de la Reine Morte ! … Un des grands maîtres de la mise en scène – Meyerhold – le préconisait : « au lieu d’une grande quantité de détails, une ou deux touches principales ».

         Ce sera pour nous essentiellement des couleurs, des lignes, dans les costumes, les éclairages, les musiques et dans la gestuelle des comédiens.

         Cela pour tenter de révéler aux  spectateurs l’œuvre dans son essence. Un style qui ne se donne pas comme le produit d’un choix esthétique ou idéologique mais pour la manifestation même du texte dans ce qu’il a de plus profond et d’essentiel.

         Le metteur en scène alors s’efface – quelle modestie ! – il se subordonne à l’œuvre, il n’en n’est que le serviteur ou l’artisan. Mais il devient aussi par là – quel orgueil ! – le garant de l’universalité et de la véracité de la représentation.



 
 
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